AN-LOC 42

An-Loc, le 26 janvier 1956
Encore une fois, je suis en retard pour t’écrire. La faute en est aux démobilisations accélérées que le Commandement vient de susciter à l’occasion du Têt. Profitant de là tradition qui invite les Vietnamiens à se reposer pendant trente jours au début de l’année (ne vous indignez pas, le calendrier oriental ignore la détente dominicale), le général vient de promettre une gratification d’un mois de solde supplémentaire au personnel autochtone qui demanderait la résiliation de son contrat avant le Têt. Parallèlement, l’allocation dévolue pour la fête aux militaires en service, égale à un mois de traitement en 1955, a été ramenée à huit ou quinze jours, suivant les grades, en 1956. Nos chefs sont de bons maîtres chanteurs, mais le sens de la grandeur leur fait totalement défaut.

Pressentant la fin prochaine de l’armée française, las des informations erronées qui les maintiennent en perpétuelle inquiétude d’une dissolution ou d’un déménagement, cent tirailleurs du bataillon (sur sept cent cinquante) ont demandé à bénéficier de cette mesure de dégagement. Le calcul de leurs droits, compte tenu des nominations que j’ai cru devoir prononcer, l’organisation des convois sur Saigon pour les Vietnamiens, sur Ban-Me-Thuot pour les Montagnards, le règlement de tous les cas particuliers qui se révèlent au dernier moment m’ont fort occupé ces jours-ci. S’il n’y avait qu’à appliquer les règlements de l’intendance, cette démobilisation serait chose simple. Mais j’essaie, dans la mesure du possible, de faciliter le reclassement des libérés dans la vie civile ou dans l’armée vietnamienne. Distribution de tôles, de ciment à ceux qui se retirent aux environs de Saigon, de vêtements, de literie à tous, délivrance de certificats multiples, me créent des activités incessantes, que je suis d’ailleurs obligé de taire, car elles ne correspondent pas à la stricte observance des lois métropolitaines. Figure-toi que les notes administratives prévoient simultanément, par exemple, la récupéra¬tion du paquetage des militaires libérés et l’abandon sur place des collections d’effets en cas de dissolution !

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Cette atmosphère de liquidation m’amène à te parler de mon retour en France. Le problème est simple. J’ai demandé et obtenu ces jours-ci une prolongation de trois mois. Ce sursis a pour but de me maintenir à mon poste jusqu’à la dissolution du bataillon. Passée cette date, quel que soit le délai qui reste à courir, je serai rapatrié pour suppression d’emploi.
Quand interviendra la décision de dissolution ? Je l’ignore. Sans doute le 1er mars ou le 1er avril. S’il fallait seulement tenir compte de la diminution des effectifs du bataillon, nous subsisterions encore six mois. S’il est d’autres raisons, je n’ai pas qualité pour apprécier leurs incidences.

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