AN-LOC 54

Cap Saint-Jacques, le 31 mai 1956
Ma lettre vient d’être retardée par la visite d’un ancien interprète du bataillon. Ce type de pirate vaut que je te le décrive.
L’adjudant-chef interprète Nguyen van Hoi a servi depuis 1946 dans les diverses formations du secteur de Bien-Hoa. A la fin de la guerre, il était adjoint à l’officier de renseignement du sous-secteur d’An-Loc. Puis on lui confia le rôle d’O.R. du bataillon dans le cadre de la lre D.I.E.O.
C’était l’époque des grèves pseudo-viet-minh dans les plantations et des maquis binh-xuyen dans la forêt. Grâce au réseau d’informa¬teurs de l’ancien sous-secteur, Hoi se montrait précieux pour dépister les agents viet-minh dans les villages de coolies. Les renseignements qu’il obtenait étaient communiqués à l’armée et à la police vietna¬miennes, qui, seules, avaient le droit d’arrestation. Mais, pour éviter qu’il n’entretienne également les autorités officielles de nos activités clandestines, nous le tenions à l’écart de toutes nos entreprises. J’arguais de mon titre d’officier de sécurité pour mener, à son insu en principe, l’espionnage des forces gouvernementales et l’aide aux maquis rebelles.
Evidemment, à la longue, par ses informateurs, par les aveux des prisonniers ou les déclarations des ralliés au 2e Bureau vietna¬mien, Hoi finissait bien par savoir ce que nous faisions. Mais toujours trop tard pour pouvoir nous vendre avec profit.
Parallèlement, j’étais certain qu’il travaillait pour le compte de l’arrondissement vietnamien de Bien-Hoa. Mais les preuves me manquaient. Et d’ailleurs, nous n’avions pas intérêt à rompre; les renseignements que nous fournissions au gouvernement sur les Viet- Minh par l’intermédiaire de Hoi contrebalançaient notre action au profit des Binh-Xuyen.

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Cette existence en partie double dura dix-huit mois. Puis le Corps des interprètes licencia tous les citoyens vietnamiens et Hoi se trouva libéré en février dernier. Son établissement dans la vie civile illustre magnifiquement la parabole de l’économe infidèle.
Pour avoir fourni aux planteurs des renseignements sur les meneurs communistes de leur main-d’œuvre, Hoi obtint, gratis pro Deo, une importante concession de bambou en lisière des hévéas. Pour sa fidélité de dix années, l’armée française lui offrit le galon de sous-lieutenant et une centaine de milliers de piastres. Pour son silence sur nos activités, et par une filière de franc-maçonnerie, le bataillon lui obtint une place d’informateur de la Présidence du Conseil, aux appointements de 25000 piastres par mois. Et pour ses révélations sur notre compte, l’armée vietnamienne lui fit attribuer, par les Eaux et Forêts, une exemption de la taxe sur les bambous coupés. A l’heure actuelle, ce bandit touche une solde double de la mienne, coupe et vend des bambous qui ne lui coûtent rien, et perçoit l’impôt sur tous ses concurrents. Car plutôt que de payer 800 piastres par camion de bambou aux Eaux et Forêts de Xuan- Loc, chaque camionneur en verse 600 à Hoi, qui certifie que les tiges proviennent de sa concession et ne sont pas soumises à la taxe. Un dédommagement au contrôleur de Xuan-Loc, et tout est dit. Pauvre Ngo dinh Diem qui croit encore à la vertu de ses administrateurs !

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