AN-LOC 56

Cap Saint-Jacques, le 15 juin 1956
Je t’écris à la hâte cette épître, qui sera sans doute ma dernière lettre du Cap Saint-Jacques. J’inaugure une période troublée de déménagement, de chargement de bateau, d’errance et d’agitation qui me laisse peu de temps libre.
Nous évacuons définitivement le Cap Saint-Jacques le 21 juin. Ce matin-là, nos derniers camions emmèneront les derniers militaires français de l’armée de terre à la base militaire de Saigon. En attendant, transferts territoriaux et libération du personnel autochtone battent leur plein. Je prends mes repas au restaurant, car le mess des officiers a fermé ses portes le 10; le 17, je n’aurai plus d’ordonnance, le 20, plus de secrétaire; depuis le 11, je partage ma jeep avec plusieurs officiers, car nous avons déjà commencé à diriger le matériel sur le port d’embarquement.
Ma mâchoire va beaucoup mieux. Je peux à nouveau mâcher et mon appareil me sera retiré au début de la semaine prochaine.
Il est à peu près certain que j’embarquerai par avion dans les tout premiers jours de juillet. Le navire qui emportera le gros du bataillon lèvera l’ancre le 2 juillet.

 

 

Saigon, le 3 juillet 1956
J’ai tardé à t’écrire, voulant t’annoncer de manière certaine la date de mon retour. Depuis ce matin, le programme est arrêté : embarquement à Tan-Son-Nhut sur avion des T.A.I., samedi 7 juillet vers midi (heure de Saigon), débarquement à Orly dimanche 8 juillet vers midi (heure de Paris), arrivée rue de la Paix prévue pour 14 heures.
Ce départ, relativement précipité, est inespéré, car, en principe, l’armée ne pouvait disposer d’aucune place d’avion avant le 14 juillet. Tous les passages réservés aux fonctionnaires français avaient été mis par le Haut-Commissariat à la disposition des membres de l’enseignement. Je pense donc profiter du désistement de quelque professeur.
Mon bataillon s’est embarqué le 1er juillet sur le Flaminia, navire italien affrété par les Messageries Maritimes. En vérité, on peut dire que ce Flaminia emportait bien les dernières troupes françaises du Vietnam : bataillon du Cap Saint-Jacques, compagnie de Cam- Ranh – Nha-Trang, services du matériel de Saigon.

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Depuis le 1er juillet, d’ailleurs, l’Etat-Major des Forces Terres¬tres, qui avait subsisté à Saigon après le départ du général Jacquot sous le nom de Commandement des Organes Liquidateurs, a disparu. L’organisation actuelle est la suivante. Un colonel d’aviation commande la « Ligne de Communication Française au Vietnam », c’est-à-dire deux compagnies de transit, dont une de l’armée de terre (ancienne Base Militaire de Saigon). Parallèlement, le colonel attaché militaire de l’ambassade exerce les fonctions de chef de corps d’une « Unité Administrative du Haut-Commissariat », nouvellement créée pour grouper les séquelles du corps expéditionnaire : commis¬sion de réforme, intendance des pensions, etc. Je ne parle pas des compagnies de Quartier Général de la Mission Militaire et de la Commission de Contrôle, dont la gestion relève d’autres budgets. Et pour le Vietnam, c’est tout.
La mise sur pied de cette ligne de communication avant la disparition complète des organes liquidateurs a failli contrecarrer mes projets de voyage. Personne ne voulait signer ma permission, ni le premier colonel parce qu’il partait, ni le second parce qu’il n’était pas encore en fonctions. Grâce à Dieu, j’ai eu mon papier quand même, signé d’un capitaine qui embarquait le lendemain, et je suis parti visiter Tourane et Hué.
Arrivé à Tourane par avion, après 2 heures 15 de vol, j’ai bénéficié d’un atterrissage admirable. L’avion déboucha sur la mer au nord de Tourane, défila le long des montagnes qui bordent la côte, survola la plage et fit plusieurs voltes sur la baie avant de se poser. En débarquant, je connaissais déjà toute la région, du Col des Nuages au Cap Tourane en passant par la Montagne de Marbre.

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