TAN-NHON 18

Saigon, le 26 juin 1952
Je suis arrivé à Saigon mardi à midi. Sous prétexte de visites à l’hôpital et de consignes à passer à mon successeur, je réside toute la semaine dans la région saigonnaise. C’est lundi matin que je me présenterai à Bien-Hoa et j’espère pouvoir gagner An-Loc dans la même journée.

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Tan-Nhon, le 29 juin 1952
Le convoi de lundi est supprimé; je ne rejoindrai donc Bien- Hoa, puis An-Loc, que jeudi. En attendant, j’ai pris pension au C.I.Z.E., et je fais, avec mon successeur, quelques petites patrouilles pour me réhabituer.

 

An-Loc, le 5 juillet 1952
Je suis arrivé à An-Loc jeudi et j’y suis resté, à titre de chef de section de la C.C.B., qui est la compagnie d’intervention du bataillon. J’aurai donc la même activité que l’année dernière, quand je commandais la section d’intervention de la 11e compagnie.
Mon impression sur le bataillon n’est ni bonne ni mauvaise. L’âge moyen des officiers est assez élevé, le mordant d’un certain nombre assez émoussé ; la note dominante est fournie par plusieurs capitaines anciens et vieux, qui sentent à plein nez le « désigné d’office » et qui, pourtant, s’intéressent vivement aux décorations des T.O.E. Ce manque d’allant leur fait considérer un lieutenant comme une denrée précieuse ; je compte sur cette estime implicite pour me bâtir une indépendance suffisante.

 

Bien-Hoa, le 17 juillet 1952
Je t’envoie ce mot pour te prouver que je suis encore en vie.
Nous rentrons d’opération, et, si je n’ai pas vu de Viet-Minh, j’ai, du moins, vérifié le bon fonctionnement de ma jambe.
A peine débarbouillé, je suis parti à Bien-Hoa comme examina¬teur aux épreuves du certificat interarmes de la Zone Est. On m’a chargé du tir (il suffit que je parle de l’Ecole de Versailles pour produire une grosse impression, car aucun colonial n’y a été). A la suite d’une modification aux épreuves apportée par le colonel, il y a eu un blessé à la séance de tir d’hier. Le colonel était présent, donc je suis couvert. Mais je suis à la tête d’une série de rapports à rédiger, ce qui me prend du temps.

 

An-Loc, le 20 juillet 1952
C’est aujourd’hui l’anniversaire de ma plus grande bataille. En rentrant de Bien-Hoa par le train, j’ai traversé la forêt où j’avais eu si peur, et cela m’a fait quelque chose.
J’ai tenu à rentrer par le train, car je n’avais pas encore expérimenté ce mode de locomotion. C’est très curieux. Les trains voyagent par quatre ou cinq ; on dit « une rafale » de trains. Chaque rame comporte quelques wagons blindés; devant chaque locomotive sont accrochées deux plates-formes vides destinées à sauter sur les mines éventuelles ; en queue du premier train roulent plusieurs wagons de rails et de traverses pour réparer la voie en cas de coupure. Et dans chaque rame, fourgons gris, plates-formes, wagons marrons pour prolétaires, wagons verts pour gens riches, wagons- restaurants même, alternent sans ordre, de manière que le Viet- Minh ne puisse monter une attaque avec certitude.
Puisque tu me parles de rapatriement et de deuxième séjour hypothétique, je te dis ce que je pense actuellement. J’ai bien envie de revenir ici après ma permission — pas pour faire la guerre dans un bataillon constitué, car je commence à en avoir assez de m’éreinter pour rien — mais parce que les Indochinois me plaisent beaucoup et que ce sentiment est généralement réciproque. (Il y a peu d’officiers de l’armée française qui reçoivent autant de confidences, et de confiance, que moi. Je ne le dis pas pour me vanter, mais pour déplorer que la plupart des gens ne fassent pas l’effort de compréhension que j’ai fait et qui a porté ses fruits.)
J’aimerais, bien sûr, à mon deuxième séjour, reprendre un commandement comme celui du C.I.Z.E., mais il sera, sans doute, trop tard ; la reconquête sera probablement terminée et l’administra¬tion vietnamienne assurera les tâches municipales qui ont fait l’intérêt de mon séjour à Tan-Nhon. Je songe beaucoup à demander une place d’instructeur à Da-Lat… Mais tous ces projets ne prendront effet qu’en 1953 ou 1954.
Tu me demandes si mon chef de bataillon est toujours le même. C’est le troisième que je vois, au contraire ! Les commandants ne font que six mois dans un bataillon, le temps de glaner une palme ou deux : le dernier jour du sixième mois, ils partent se reposer dans un état-major pour y attendre gentiment le bateau, tandis qu’un successeur tout neuf prend livraison du bataillon exsangue. Et le manège recommence.
(Ce qui est vrai des commandants en Cochinchine est aussi valable pour les colonels et les généraux au Tonkin.)

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