TAN-NHON 19

An-Loc, le 27 juillet 1952
Je rentre d’une opération de deux jours le long d’une rivière, c’est-à-dire dans le lit majeur d’un cours d’eau en période de crue ; nous avons eu, presque tout le temps, de l’eau jusqu’à la ceinture. A part l’enflure habituelle de mon mollet sous l’effet de la fatigue et quelques décharges pseudo-électriques dans les nerfs avoisinant la cicatrice, ma jambe a bien fonctionné; d’ailleurs, maintenant, les muscles ont perdu leur raideur et la cheville a repris sa souplesse.

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An-Loc, le 3 août 1952
Je profite d’une journée plus calme que les autres pour te décrire un peu mes nouvelles occupations.
On baptise C.C.B du 3/22 l’ensemble des troupes qui cantonnent auprès du chef de bataillon, c’est-à-dire tous les services normaux plus trois sections d’intervention. Ce groupement est commandé par un vieux capitaine, ancien instituteur, F.F.I., incompétent en administration et inapte à la marche ; jusqu’à présent, il y avait un lieutenant adjoint, maintenant, il y en a deux, car c’est moi le deuxième.
Quatre ou cinq jours par semaine, je suis dehors, plus ou moins loin; le reste du temps, je mets mon nez dans les papiers de la compagnie. Réparer les erreurs du voisin n’a rien d’agréable, mais je profite de la situation pour me ménager, quand je suis au camp, les moments de repos suffisants.
C’est presque une vie de garnison que celle d’An-Loc. A table, nous sommes dix : le commandant, le capitaine adjudant-major, le capitaine chargé des supplétifs du sous-secteur, le capitaine commandant la C.C.B., l’officier de Renseignement, l’officier de Transmissions, l’officier des Détails, le médecin et les deux lieute¬nants « opérationnels » (l’autre et moi). J’habite dans une petite maison avec ce dernier, et nos ordonnances couchent dans les communs attenants.
La vie en forêt est toujours la même. J’en ai acquis, maintenant, une solide accoutumance et je me promènerais dans la brousse avec sérénité, si ma jambe ne me faisait pas souffrir de temps en temps. A la saison sèche, je crois, d’ailleurs, que tout ira mieux, car j’ai cru remarquer que les bains prolongés m’étaient particulièrement néfastes.
An-Loc, le 10 août 1952
Rentrant d’opération ce matin, je reçois un télégramme du général Bondis, qui me désigne comme instructeur au Centre d’instruction de Binh-Thuy; je dois rejoindre le 15 août.
Cette affectation est d’autant plus inattendue que Binh-Thuy est l’homologue de Tan-Nhon; on y forme les élèves-gradés de la Zone Ouest et de la Zone Centre. Il y a donc, pour moi, un changement de zone que je ne sais comment expliquer; peut-être ai-je été recommandé par le colonel de Carmejane, commandant la Zone Est, peut-être ai-je été réclamé par le capitaine Hélary, commandant le C.I.Z.O.C, mon voisin de chambre à l’hôpital de Da-Lat ?
En tout cas, je vais voir du pays, car Binh-Thuy est situé près de Can-Tho, dans le Transbassac. Je dis adieu à la forêt vierge pour entrer dans la rizière; rien, sans doute, ne vaudra le juste milieu (petites forêts, petites rizières) que j’ai connu à Tan-Nhon.
Je quitterai An-Loc avec quelques regrets, car les officiers y sont très agréables, mais j’arriverai à Can-Tho sans nostalgie, car les fonctions de chef de section commençaient à me peser.

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